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La Reina De Todos Santos

Posted on Apr 27th, 2007 by gwenna : Barefooted Dreamer gwenna
Les jours se suivent et les engueulades se ressemblent... Une chemise mal lavee, une jupe trop courte, des notes execrables envoient Javier dans des monologues tempestueux qui se concluent toujours de la meme facon: "Il est hors de question que tu deviennes reine de Todos Santos!"
S'il y en avaient, les portes claqueraient.

Xaviera, pleine de colere, ne s'avoue pourtant pas vaincue. Insolente, tetue et tout simplement motivee, elle lui rappelle chaque jour qu'elle s'en fiche bien de ce qu'il peut dire, jete des regards tueurs et continue de s'entrainer.

Les jours se suivent, donc, et bientot c'est le jour de la fete du village. Xaviera aura gagne la guerre et c'est dans une robe magnifique qu'on la retrouve sur la place centrale de Todos Santos, au milieu des festivites bruyantes et colorees.

Les marchands crient, les bambins courent, les enceintes envoient de la pop mexicaine plein les oreilles, les petards craquent, des couples dansent et les maneges illuminent la nuit qui tombe abruptement.

Javier me guide entre les stands, s’arretant tous les deux pas pour saluer les voisins et autres vieux “compadres”. Les poignees de main et les accolades joyeuses se succedent. Et dans cette foule, je retrouve meme Tonio, mon chauffeur du premier soir, assis sur un banc, toujours biere a la main. Les etoiles qui me guident d’habitude chaque soir sont maintenant invisibles; le village scintille plus fort qu’elles.

La musique se tait soudainement, les enceintes crepites et les danseurs desertent la piste. C’est finalement l’heure tant attendue de proceder aux elections de la reine. Le village entier se rassemble autour de la place, s'installe sur les bancs ou les marche en pierre et tourne son regard vers les jeunes filles belles mais nerveuses qui attendent sur scene. Les unes apres les autres elles defilent devant la foule avec leurs coiffures labyrinthiques, leurs robes parfaitement plissees et leur pas nouvellement adopte.

Des qu'elles finissent, la musique et la foule retrouvent leur niveau assourdissant pendant que les jugent deliberent interminablement. Javier et moi ne bougeons pas de nos places et je peux voir les candidates rire et discuter pour combattre leur impatience et leur trac.

Puis, lorsque le village entier est de nouveau rameute, les resultats sont annonces...

De ma vie, je n’oublierai jamais l’emotion de Javier voyant sa fille sur le trone, rayonnante avec sa couronne sur la tete. Debout a ses cotes, je vois ses yeux trembler et sa voix douce et fiere me dit: “regarde… c’est ma fille”.
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Apres la tempete

Posted on Feb 13th, 2007 by gwenna : Barefooted Dreamer gwenna



Je n'avais aucune idee que le desert pouvait etre aussi colore... Lorsque la pluie a cesse, toutes les plantes ont fleuri, tapissant le sable mouille de rouge et de vert, rendant la fraicheur visible.

Nous ne sommes plus prisonniers de la maison, mais les routes impraticables nous rendent prisonniers de la ferme. Il n'y a pas moyen d'acceder au village: de vraies rivieres traversent les chemins. De toute facon, nous avons bien assez a faire sur la ferme ou la serre a pris des serieux degats et le sol est jonche de debris. On y va de la pelle, de la brouette et du fil a coudre... Le soleil sur le dos fait un bien fou.

Les travaux sur la ferme commencent maintenant serieusement. Une fois la serre reparee on y prepare les graines de laitues, en les posant une a une dans leur petit cube de terre. Des laitues en plein desert? Javier m'explique. C'est justement parce-que c'est rare qu'il reussi a en vivre. Sa laitue bio, les restaurant touristiques de Cabo San Lucas se les arrachent pour les ajouter a leurs menus deja hors de prix. Javier a le don du commerce. Plus tard j'apprendrai que c'est du en grande partie a son passe de caid a Tijuana... C'est d'ailleurs pour tourner le dos a cette vie criminelle qu'il a achete cette ferme loin de la ville.

Alors je m'occupe chaque jour de ses graines en or, les arosant d'une mixture nauseabonde de poisson, tandis que je prepare le champs ou je les planterai plus tard. Gants en main, meme les plantes aux plus longues racines ne resistent pas lontemps: le sable ne leur offre aucune prise. Je passe des heures a travailler, mes amies les fourmis jusqu'au genoux.

Les filles ne s'interessent pas du tout aux travaux des champs. Elles passent plutot leurs journees a s'occuper de Nico, preparer les repas et reviser quelques cours. On se retrouve tous ensemble autour de la table lorsque la chaleur nous pousse a trouver l'ombre. De temps en temps, un vieux voisin edente surnomme "la Tique" passe avec l'espoir de trouver un joint allume et un peu de travail remunere...

Jour apres jour, les laitues grandissent, le champs s'eclaircit et les routes seches. Apres trois semaines nous pouvons enfin acceder au village et les filles peuvent retourner a l'ecole.
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Une semaine plus tard: tempete

Posted on Feb 6th, 2007 by gwenna : Barefooted Dreamer gwenna
Le bebe pleure, ajoutant sa voix au vacarme de la pluie qui s'abat contre le toit de tole. Cinq jours deja qu'on est enferme dans la seule piece a quatre murs de la maison. Aucune lumiere ne rentre ; des les premieres pluies Javier et moi avons cloute du contreplaque sur les fenetres. L'ouragan Juliette approchait avec des vents de plus de 200 kilometres/heure et assez de precipitations pour faire du desert un bain de boue.

Les vents ont heureusement diminue en touchant terre, transformant Juliette en tempete tropicale. Par contre, elle ne semblait pas vouloir bouger d'au-dessus de nos tetes. Cinq jours qu'on court dehors a la moindre accalmie pour faire cuire un peu de haricots et de riz ou pour aller aux toilettes. Cinq jours qu'on vit a la bougie tous ensemble dans une petite piece. Cinq jours que le bebe n'en fini pas de pleurer.

On passe nos journees a dessiner sur des vieux journaux et a discuter.. On se rapproche petit a petit, histoire par histoire.

Ajia recommence le lycee cette annee. A 20 ans elle rentre en terminale pour finir ses etudes interrompues par la venue de Nico. Dans la famille on n'utilise pas les mots les plus gentils pour parler du pere de Nico. Je n'en saurai pas beaucoup plus sur lui.

Nico, par contre, devient rapidement mon ami souriant. Ajia m'enseigne a preparer son biberon, elle me montre les chatouilles qu'il aime, sa facon de le porter sur sa hanche...

La mere d'Ajia et Xaviera, elle, habite a Los Angeles. Ca fait plusieurs annees que leurs parents sont separes et les filles ont choisi de rester au Mexique, leur terre natale. Elles me disent qu'elle viendra sans doute en Decembre, avant les fetes de Noel.

Xaviera, de son cote, me raconte son reve de devenir la reine de son village. Le concours de beaute aura lieu dans un mois et deja elle se prepare. Tous les matins et tous les soirs elle fait des exercice pour sculpter son corps. Son pere la regarde d’un oeil interrogateur et mechant a la fois. Ce n’est pas son idee d’une bonne ambition.

La pluie, elle, s’en fout de tout ca et continue de tomber de tout son poids, remplissant le sceau qu’on a place sous la seule fuite du toit.
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mi casita

Posted on Jan 26th, 2007 by gwenna : Barefooted Dreamer gwenna
Apres le petit dejeuner, balais en main, Ajia me mene la ou je vais dormir pendant les trois prochains mois. On passe devant le poulailler, a cote de la serre, a travers le jardin, sous les citronniers, et on traverse le verger de mangues avant d'arriver, derriere une rangee de palmiers, a mon nouveau domaine. Les balais vont etre utiles puisqu'il est ouvert a toutes les intemperies et que le sable du desert et les feuilles de manguiers seches couvrent le sol. Mais c'est un vrai petit paradis avec une echelle brinquebalante qui mene a mon lit tout en hauteur, pres du toit de palme.

D'ici je peux voir les montagnes et meme un tout petit triangle du Pacifique. Je suis a la limite entre la terre cultivee et les cactus enormes qui peuplent toute la peninsule. Je donne des coups de balai avec une grande vigueur et une reelle joie d'etre moi, d'etre la. Ajia me montre comment humecter le sol juste assez pour ne pas envoyer voler toute la poussiere, mais pas trop pour ne pas creer des flaques de boue. Bientot ma petite demeure est comme neuve et il est l'heure de retrouver la famille. J'aurai le temps de savourer tout ca ce soir ; j'y pense avec excitation.

Javier devient mon guide pour le reste de la journee. En ce moment, c'est la saison des mangues et des papayes. Il faudra recolter des cageots entiers pour vendre aux villageois. Et il va falloir commencer a planter les graines de salade dans la serre. Et quand il y aura un peu de temps, il faudra defricher le champs. Il n'est pas tres bavard et ne parle que lorsque c'est necessaire. Je connaitrai sa terre avant de connaitre son coeur...

J'apprend rapidement qu'ici on vit au rythme des astres: une fois le soleil couche, c'est l'heure de faire pareil. On me donne une lanterne et j'essaie de retracer mes pas dans ce decor encore si etrange. Je cogne mes orteils contre un carre de tole, je m'egratigne contre le citronnier et quelques boules piquantes se glissent dans mes sandales... Mais j'arrive en haut de l'echelle et me mets a sourire. Il fait bon la-haut. La brise fraiche et douce traverse la moustiquaire, les palmiers imitent la pluie qui tombe et de temps en temps j'entends le bruit sourd d'une mangue trop mure qui tombe a terre.

Je m'endors heureuse.
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Premiere Nuit a Pescadero

Posted on Jan 10th, 2007 by gwenna : Barefooted Dreamer gwenna
 

Javier me tend la main et me presente ses deux filles. Xaviera, 14 ans, et Ajia, 19 ans, qui porte son bebe, Nico, 9 mois. Je suis heureuse de les rencontrer enfin, d'etre la ou je vais poser mon sac pour trois mois. Je remercie Tonio profusement et je suis la petite bougie qu'Ajia tient en main. Il est tard et on decide de mieux se connaitre le lendemain, apres une bonne nuit de sommeil.

On me donne le lit de Xaviera pour cette nuit, une bougie et une boite d'allumettes. Je m'allonge avec bonheur et Orphee me berce, me chatouille et me demange ! Je me reveille en me grattant tout le corps mais le picotement revient sans cesse. Je deviens immobile, j'essaie de penser a autre chose. Il fait nuit noire mais je sais que je ne pourrai plus m'endormir cette nuit. Je n'ose pas allumer la bougie ; le mystere me semble plus rassurant, alors j'attends l'aube.

Enfin, un filet de lumiere sort ma chambre de l'obscurite. Je suis couverte de fourmis, leurs petites jambes courant frenetiquement le long de mes bras, mes jambes, mon ventre. J'apprendrai a m'y habituer, mais pour l'heure je saute hors du lit et les balaie de la main jusqu'a ce que la derniere s'enfuit a toute allure.

Bien que le soleil vienne tout juste de poindre, j'entends deja des voix quand j'entr'ouvre la porte. La chambre de Xaviera, ou j'ai dormi, est a l'ecart, sa propre petite cabane. Je mets mes sandales et marche vers les roucoulements de Nico. Hier soir je n'ai pas pu voir la maison ; en plein jour elle est surprenante : c'est une maison a l'envers. Une seule piece a quatre murs, c'est la qu'Ajia dort avec son fils. Le reste des pieces -le lit de Javier, la petite salle a manger, la grande cuisine, les toilettes entourees de bambous- est dehors, sous un toit en bois et en feuilles de palmier.

On m'acceuille avec des oeufs sur le plat, des haricots rouges en puree et des tortillas faites le matin meme par Ajia. C'est le repas que j'aurai trois fois par jour pendant le reste de mon sejour sur cette ferme qu'il me reste encore a decouvrir.

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Septembre 2001- En Route Pour le Mexique

Posted on Dec 29th, 2006 by gwenna : Barefooted Dreamer gwenna

Cleveland, la route 80, plate jusqu'au Nebraska, les Rocheuses du Colorado, les plateaux de l'Utah, les lumieres de Las Vegas en plein desert, L.A. et enfin, apres quatre jours dans un Greyhound j'atteins Tijuana. 2722 miles. Je ne suis pas a ma destination finale, mais je suis au moins du bon cote de la frontiere. Encore 27 heures dans un bus et je serai a Pescadero, un petit village de Baja California Sur ou je vais travailler sur une ferme bio et vivre avec une famille.

Le bus est comfortable: air conditionne, television... Le long trajet me permet de laisser mes pensees vagabonder. Je ne sais rien de ce qui m'attends. Je n'ai parle avec Javier qu'une fois avant de me lancer a l'aventure. Je sais seulement qu'ils n'ont pas le telephone.

La route suit le desert parseme de cactus geants. De temps a autres nous passons un village, une ville. Le bus s'arrete pour remplir les bouteilles d'eau et les ventres de tacos au poulet. La nuit tombe et nous continuons plein sud. Quand le soleil se leve c'est toujours le desert qui s'etend jusqu'aux montagnes pourpres a l'est et jusqu'au Pacifique a l'ouest.
Et la nuit tombe a nouveau apres une journee sans nuage.

Mon ventre se tord d'excitation: je ne suis plus bien loin. Le bus s'arrete, le chauffeur m'appelle. "Pescadero", me dit-il en ouvrant la porte. Je descend, sac sur le dos, un peu confuse. Je ne vois aucunes lumieres, si ce n'est un stand a quelques centaines de metres. Je m'approche, n'ayant aucune idee quoi faire d'autre. Une banniere Dos Equis est accroche au mur du fond... un debit de boissons, c'est bien ma chance. Quatre hommes sont la a bavarder canette en main.

Je n'ai aucune adresse en poche, juste un nom et un peu d'espoir. "!Buenas tardes! Je cherche Javier. Vous le connaissez?" A mon grand soulagement ce nom provoque une vive reaction. "!Por supuesto! Il vit la-bas a 3 kilometres", me dit l'un d'eux, son doigt pointe vers le nord. Bon. Il fait nuit noire, mas il faut bien que j'arrive quelque part cette nuit. Je commence a marcher dans la direction indiquee. Mais j'ai fait a peine vingt pas que l'un d'eux me crie "Attends, je t'amene en voiture!"

Je grimpe dans son pick-up rouge. Tonio est au volant et je ne mets pas longtemps avant de douter de mon bon jugement. Sa canette entre les jambes, il bifurque soudain a droite sur une route de sable. Sans s'arreter il passe un petit village d'un dizaine de maisons, la rue principale eclairee par une seule guirlande de lumiere. Nous retombons dans la nuit noire. Les phares n'eclairent que le sable et les cactus.

J'ai un peu peur. Un ivrogne au volant en plein milieu du desert... Ma premiere nuit au Mexique ne me dit rien qui vaille. Des minutes cahoteuses passent sans un signe de vie. Qu'est-ce que je suis venue faire ici? Et qui est-ce qui fait pousser des legumes en plein desert de toute facon? La terreur et l'excitation s'entremelent ...

Enfin une maison apparait, puis une autre. Nous sommes au bout du chemin. "Cest ici. Et la lumiere est allumee, ils doivent etre a la maison". Il commence a klaxonner pour l'appeler. La lumiere? J'ai beau scruter l'obscurite, je ne la vois pas. Deux ou trois coups de klaxon plus tard, pourtant, une bougie flotte vers nous.

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